O’Kaïros O’Kaïros, O’Kaïros : ce terme possède une portée immense. Mot grec ancien aux signifcations multiples, il traverse de nombreux domaines culturels, philosophiques et métaphysiques. C’est le nom de notre association à but non lucratif, engagée dans la construction de l’un d’une série d’émetteurs de messages hautement signifcatifs pour notre époque. Nous l’appelons parfois une capsule temporelle. O’Kaïros signife le Temps. Le temps. C’est le moment. Maintenant est le moment. Un moment signifcatif. Le moment opportun. L’instant. L’ouverture. L’énergie, la direction, la force. Il n’y a aucune limite aux circonstances dans lesquelles il peut être employé. O’Kaïros refète une expression de la réalité : ce n’est rien de particulier, mais cela peut être absolument tout. Un mot peut parfois transmettre quelque chose qui dépasse son sens ordinaire. Il peut s’appliquer dans d’innombrables contextes, exprimant des sentiments au-delà de son usage habituel. O’Kaïros. C’est un usage rare : exprimer l’admiration pour un projet ou une oeuvre d’art, un état d’ivresse ou la danse de Zorba. Le vocabulaire est un ensemble de mots ; le langage est l’usage de ces mots. O’Kaïros est quelque peu au-delà du banal et ne peut être strictement défni. On pourrait dire qu’il dépasse les règles de l’intellect. Une vaste étendue. Un potentiel sans limite ni frontière. Là où le oui et le non ne luttent pas pour la suprématie, domaine de l’intellect, du point de vue raisonné cherchant l’accord. O’Kaïros : un moment critique où des groupes de yogis et de mystiques, de pratiquants de tai-chi et de bagua, d’artistes, de musiciens, de poètes et de danseurs s’engagent dans un processus unique, orienté vers la réorganisation plutôt que vers la persuasion. O’Kaïros; Une capsule temporelle, un émetteur de message, un message d’un temps à un autre. Un message de nul temps à tous les temps. Qui a envoyé le message ? Votre coeur. C’est vous qui l’avez envoyé. Soyez heureux. Un souhait d’être heureux, de vivre en paix. Une qualité onirique bien connue des dieux et des anges. Eux aussi la recherchent. Tous les êtres recherchent le bonheur. Que prescrit le message ? Sans ordre particulier : trouver un lieu approprié, des personnes appropriées. Être prêt à traverser continents et océans. Être prêt, surtout, à accepter la nécessité de se mouvoir et d’agir au-delà des limites perçues, au-delà de l’habitude et de la croyance. Lâcher les opinions. Utiliser les matériaux pour lier la pierre, pour créer des formes. Peindre des images avec grand soin, grandes et petites. Compiler et rédiger des textes sacrés dans le moindre détail. Parfois les imprimer, parfois utiliser le microflm. Parfois écrire à la main. Parfois en anglais, en français, en sanskrit, en tibétain, en arabe. Réciter tout en accomplissant diverses activités. Créer des dessins géométriques : des mandalas spécifques dont les signifcations sont connues et encore à révéler. Dans une certaine mesure, utiliser chaque compétence, chaque moyen, des moyens habiles. C’est l’être même des moyens habiles. Une grande partie du message reste à révéler. Comment un message parlant d’illimité et d’infni pourrait-il être défnitif ? Le message est une invitation à notre potentiel. Y participer est un mystère. Pourtant c’est immensément pratique, réel, entrepris ici par des personnes solidement ancrées dans la communauté, dans le monde où vivent tous les gens ordinaires. Le monde des défs à tous les niveaux : corporel, émotionnel, mental. J’entends l’invitation à participer en reconnaissant que ne pas savoir va totalement à l’encontre du courant dominant de la vie moderne, où ne pas savoir est impensable. Pour connaître l’issue d’une action, nous calculons. Nous calculons, estimons, évaluons, supposons, comptabilisons jusqu’à réunir suffsamment de données pour masquer notre confusion et agir parce que le masque des données est en place. Nous apprenons à nous tromper nous-mêmes et les autres avec des statistiques. Nous sommes gouvernés par elles. Par des pourcentages, par des attentes basées sur l’évaluation du passé. C’est simplement ainsi. Ce n’est ni une raison d’être triste ni joyeux. O’Kaïros nous implore discrètement d’entrer dans le non-savoir comme porte d’accès à un savoir audelà. Au-delà de quoi ? Au-delà du connu. Plus que ce que nous savons. Plus que ce qui peut être su. Où cela se trouve-t-il, ce « plus que ce qui peut être su » ? L’énigme, le paradoxe, maintient le cerveau vivant. Il combat les démons de la vieillesse provoqués par le fait de ne conserver que le savoir du connu au lieu d’embrasser le potentiel illimité de l’inconnu. La science médicale moderne en a eu l’intuition et entraîne les personnes âgées, blessées ou brisées à se rééduquer en entrant dans ce qui n’était pas auparavant connu. Défs inattendus. Audelà du connu se trouve le guérisseur. Il n’a pas de fn, pas de limite à notre besoin de guérison. Une guérison qui nous conduit à la sagesse plutôt qu’au simple savoir, et qui nous mène au-delà plutôt qu’en arrière. Il y a un conseil : il n’est pas nécessaire de comprendre, sauf lorsqu’il est essentiel de comprendre. C’est un moment critique. Pourtant le conseil est de lâcher le passé, le futur et peut-être surtout le présent. Comment lâcher le présent ? Aller au lieu au-delà du temps. La source du message vient de nul temps. O’Kaïros ne fournit pas à l’auditeur ou au lecteur les informations requises : la question surgit, de quoi s’agit-il ? Décrire O’Kaïros comme la construction d’un stupa, est-ce suffsant ? O’Kaïros est un mot grec. Stupa est un mot sanskrit. Son sens le plus courant est celui d’un édifce en forme de dôme érigé comme sanctuaire. Un monument qui offre un processus et une exploration d’une grande beauté. Rien de particulier, absolument tout. La vaste étendue de liberté qui ne peut être restreinte ni capturée. Nous le construisons. Engagés dans un paradoxe, manifestant un édifce qui, tel le tombeau d’un pharaon, contient d’innombrables objets utiles et précieux. Ils sont préservés dans le stupa pour le bénéfce de tous les êtres, non pour un individu. Et ils ne sont pas seulement pour l’au-delà mais aussi pour cette vie. Surtout pour cette vie. Lâcher le présent les rend utiles pour cette vie. Souvenezvous du conseil direct : essayez de ne pas comprendre. Le message de nul temps à ce temps, à un autre temps, évoque la synergie. La manière dont le contenu du stupa est rassemblé, les personnes qui les recherchent, les reçoivent, les transportent, les assemblent, les arrangent, les mesurent, les distribuent. Synergie. Une tâche ici, un chant ou une danse, un mantra, un appel matinal à s’éveiller non seulement aujourd’hui mais désormais. Un appel à soutenir ceux qui pourraient bénéfcier d’une aide au-delà de l’ordinaire. Si chaque yogi prêtait attention au message, il entrerait dans le coeur des sū tra de Patañjali, le coeur de notre mission terrestre. La synergie est au coeur de la voie du yogi : nous pouvons être davantage si seulement nous pouvions simplement être. Un stupa est un édifce au-delà de ce qu’il représente. Un reliquaire, un monument, généralement dédié à Gotama Bouddha. Mais il représente tout autant O’Kaïros : un temps axiomatique. Nous construisons un monument à un yogi brahmane appelé Gotama, disparu il y a plus de 2 500 ans. Des milliers de stupas ont été bâtis dans le même esprit, honorer, mettre en oeuvre des moyens habiles pour produire une structure. Explorer O’Kaïros, le moment axiomatique. La structure contient à chacun de ses niveaux des objets rares et sacrés : poudres d’encens, pierres semi-précieuses, statues, remèdes, copies volumineuses d’enseignements. Manuscrits de prières ou de discours, sutra, dharani ou mantra. Et surtout des reliques de maîtres réalisés, vieilles de milliers d’années. Des reliques d’un temps à un autre temps. Il n’y a pas de dogme. Le message est accompagné d’instructions claires et précises. Des ordres stricts. Deux ordres. Le premier est de suivre les instructions. Le second est qu’il n’y a pas d’instructions. La construction d’un stupa suit certaines pratiques traditionnelles. Pourtant le message global dépasse les traditions fxes, le dogme et les contraintes culturelles. En participant, nous expérimentons ; le message est reçu, transmis. Les acteurs sont portés par une trame non écrite pour transmettre un message à travers les âges. Si je devais employer un seul mot, ce serait : sourire. Tous les grands sages, saints, anges, dieux et esprits bienveillants cherchent à nous aider à sortir de la souffrance. Des sages non préoccupés par le dogme. Le dogme est apparu comme conséquence naturelle du besoin des générations suivantes d’assurer la continuité du message. Quel est le message ? Participer au processus le révèle. Bien sûr je veux savoir. Chaque fois que ce besoin surgit, je souris, je me détends. Confance. Nous sommes déjà rassemblés, sans limite au nombre de ceux qui pourraient nous rejoindre. À travers les continents et des paysages invisibles. C’est un travail réel. Nous ne nous décrivons comme rien de particulier : simplement l’association O’Kaïros. Nous ne sommes ni plus spéciaux ni plus érudits que quiconque. Nous avons tous le même potentiel. Nous avons trouvé un lieu approprié. Nous avons obtenu un plan à l’échelle précis de la structure souhaitée. Nous avons ajusté certaines proportions au fur et à mesure, en restant fuides tout en respectant les contraintes du processus. Déjà un apprentissage de sagesse. Nous utilisons des matériaux disponibles dans le sud de la France : pierre locale, chaux, sable, notre savoir-faire et notre travail manuel. Certains éléments ne changent jamais : la pierre. Le granit rose, abondant sur notre site, utilisé aussi dans les pyramides d’Égypte et au palais de Versailles. Nous étudions, recherchons, demandons conseil à des maîtres vivants comme aux textes. Nous cherchons des réponses en méditation, dans les vies passées et futures. Ancrés sur cette terre, guidés par le bon sens. Si on y pense, il y a des concepts. Si on médite, il y a conscience ordinaire. Si on décrit, il y a des mots. Si on regarde, il y a perception dualiste. Si on laisse être, il y a la nature véritable des phénomènes. Si l’on agit, c’est le samsara. Nous entrons volontairement dans le samsara. Comment autrement construire un stupa ? Un stupa n’est pas seulement un édifce. C’est une offrande. Être impliqué dans sa création est une offrande. Il est un contenant, un transmetteur. Il transmet une carte de notre évolution. Être ouvert et prêt à lâcher les contraintes de la perception ordinaire est extraordinaire. Le pouvoir de la détente. Le pouvoir d’être sans peur ni inquiétude. Notre but n’est pas d’infuencer mais de partager, d’inspirer. Le stupa, O’Kaïros, travaillé collectivement permet de déchiffrer le code. Il révèle un message pour tous. Collectivement et individuellement. Vous êtes invité et serez accueilli pour en faire l’expérience. Une substance psychédélique agit sur la perception ; l’impact est produit par la substance, mais non limité par elle. De même, un stupa est un monument bouddhiste mais n’est pas limité à cela. Il y a un paradoxe à construire un stupa matériel pour découvrir que la source essentielle n’a pas de substance. Ces paradoxes brisent nos frontières perceptives. Construire un stupa peut être application de dogme ou application de principes. Les principes sont des guides. Nous transformons souvent les principes en dogmes et perdons leur sens originel. L’enseignement du Bouddha était profondément non dogmatique malgré ses nombreuses instructions. La pratique est paradoxale : utiliser le dogme pour arriver à l’absence de dogme. Utiliser l’édifce tangible pour voir que l’essence n’est rien de particulier. Les idées surgissent sans fn. Certaines fondées sur l’expérience, d’autres sur l’imagination ou l’ouïdire. Une addiction collective à remodeler l’ouï-dire. Ce que l’on peut connaître d’un stupa, c’est l’expérience de le préparer, de le construire, d’en rassembler le contenu. Il y a des règles. Beaucoup de règles. Et fnalement : il n’y a pas de règles. C’est la seule règle. Le Bouddha n’est aucune chose, le dharma n’est rien en particulier, et la sangha fournit l’énergie pour poursuivre un chemin vers nulle part en particulier, qui peut être partout. Un guide n’est pas l’oeuvre guidée. Il n’est pas le résultat. Sans guide, le travail manque de précision. Mais il n’y a pas de limite à ce qu’il peut aider à produire. Sommes-nous des guides ? O’Kaïros est-il un guide ? Sommes-nous guidés ? Oui, comme des feuilles dans le vent. Et pourtant nous luttons car nous voulons atterrir quelque part de précis. Tout enseignement suit une formule : un besoin d’agir, puis un public à persuader, avec des contraintes. Un message est une infuence. Le stupa transmet à un niveau subtil. Il n’est pas concerné par l’argent, la renommée ou le pouvoir. Il existe une infuence proche de l’inspiration : celle produite par la musique sacrée, par certaines architectures, par des prières ou des mantras. Et il existe une troisième infuence : la perception directe, la transmission, l’expérience. C’est ainsi que fonctionne le stupa : transmission directe, d’essence du coeur à essence du coeur, révélant la réalité sublime que, souvent sans le savoir, nous cherchons tous…
Ram